Juliette Lecuyer

Juliette Lecuyer

Faites connaissance avec Juliette aux mains "agiles"

Juliette Lecuyer, céramiste à Saint-Ave

De l’eau, de la terre, un peu de patience et beaucoup de talent : les céramistes et potiers du Golfe du Morbihan façonnent de leurs mains des objets du quotidien qui deviennent oeuvres. Bleu de la mer, ocre de la terre, vert de la lande inspirent les gestes de cesartisans du terroir.

 

C’est la tradition dans le Golfe du Morbihan comme partout en Bretagne : le cidre se boit à la bolée, c’est-à-dire dans un bol en grès. Un bol : objet simple, presque rustique, qui porte pourtant en lui tout un patrimoine et une gestuelle séculaire. Un bol pour un savoir faire, un territoire, une transmission. Dans son atelier de Saint-Avé inondé de lumière, Juliette Lecuyer perpétue ces gestes. La fine jeune femme travaille de ses mains pour créer des pièces uniques : bols, assiettes, théières, luminaires… Inlassablement, elle « tourne » ses créations, elle modèle la terre avec ses mains, elle invente des recettes de couleurs, de formes, de textures qui rappellent les lumières et paysages du Golfe, entre terre et mer.

 

« C’EST LE TOUCHER QUI ME GUIDE »

En cet après-midi ensoleillé, Juliette Lecuyer s’est installée dans sa pièce de tournage. « C’est là que je donne une forme aux objets que j’ai imaginés ». D’abord, préparer la terre : debout, bien campée sur ses deux pieds, Juliette utilise tout le poids de son corps pour travailler le matériau, « battre la terre et la rendre homogène. »
L’étape suivante est le tournage. Un chiffon sur les genoux, un bol d’eau à portée de main, la jeune femme s’installe face au tour* : « là encore, battre la terre, la faire monter en chandelle puis redescendre pour l’orienter dans le sens du tournage et la centrer ». Le tour placé entre ses jambes, la jeune femme guide la matière qui tourne, s’élève, s’étire et répond aux moindres mouvements de ses mains. Les yeux fermés, ou le regard ailleurs, c’est par le contact avec ses doigts qu’elle dirige la progression de la balle de terre. « Le toucher me guide : il faut faire confiance aux sensations ».

« CHAQUE CÉRAMISTE DÉVELOPPE SA GESTUELLE »

Juliette va façonner un bol en grès. Doucement, alors que la balle de terre continue de tourner, elle ouvre la forme, l’évase et la fait monter. « Mes mains restent toujours en contact avec la terre, et l’eau l’aide à glisser entre mes doigts ». Monter les bords, stabiliser, recommencer. La pièce devient bol, évasé, élancé, hypnotique sur ce plateau tournant. Un processus presque magique où l’on voit la matière se transformer, danser puis se figer. « Si les céramistes ont tous des techniques communes, chaque artisan développe sa gestuelle propre, ses habitudes, en fonction de ses sensations ». Juliette aime à dire que la forme jaillit de la terre, que c’est aussi la matière qui s’exprime sur le tour. Maintenant mis en forme, le petit bol doit sécher quelques heures avant de subir une première cuisson à 980 degrés, afin de donner ce qu’on appelle le biscuit*. C’est le biscuit qui reçoit la couche d’émail* : « j’invente des recettes pour créer les couleurs, les textures… L’émail est vivant, jamais homogène, avec des reflets, des craquelures, des granules, brillant ou satiné ». La dernière cuisson à 1280°C figera l’émail et imperméabilisera la pièce, enfin terminée. Depuis le façonnage jusqu’à la cuisson, la création et la fabrication de ce petit bol peut s’écouler sur plusieurs jours. Pour réaliser sa pièce phare, une théière ronde aux teintes terreuses, Juliette a travaillé une année entière !